Rui Cóias - résidence Odyssée 2015

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Le facteur humain

Depuis le 21 mai 2015, l’Abbaye royale de Saint-Riquier a le plaisir de recevoir dans le cadre des Résidences Odyssée, l’écrivain et poète portugais, Rui Cóias. Venu à Saint-Riquier pour y préparer un essai consacré à la 1ère Guerre mondiale, ainsi qu’un recueil de poèmes, Rui est particulièrement sensible à tout ce qui touche, de près ou de loin l’être humain. Cette sensibilité se reflète tant dans son travail que dans sa façon d’être, et passer un moment en compagnie de cet écrivain, est donc un vrai plaisir.

 

L’ouverture vers le monde

Né en 1966 à Lisbonne (Portugal), au bord de l’océan atlantique, Rui est un voyageur, un citoyen du monde. Son travail d’écrivain, ainsi que sa curiosité naturelle, l’ont ainsi déjà mené en Suisse, en Belgique, en Espagne, aux États-Unis et en France, où il réside actuellement et ce, jusqu’au 21 juin. Natif d’un « petit » pays en superficie, Rui a sans doute hérité de la curiosité pour les lointains, ce sens de la découverte et de l’ouverture vers le monde, que l’on retrouve chez les grands navigateurs portugais (Fernand de Magellan, Vasco de Gama, Pedro Álvares Cabral) et chez nombre des écrivains de ce pays si attachant, cosmopolites pour la plupart.

 

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L’appel du lieu

On ne s’étonnera donc pas, compte tenu de ce goût évident pour le voyage, que Rui n’ait pas trop souffert du mal du pays. Sans doute est-ce parce que voyager lui procure une sensation de mouvement, d’équilibre absolument nécessaire à l’écriture. Chaque lieu est un appel lancé à son besoin de se mouvoir dans d’autres atmosphères, d’autres paysages, d’autres perceptions du temps et de l’espace. Et puis, il y a voyager et voyager, souligne Rui, comme c’est le cas avec Xavier de Maistre ou Fernando Pessoa, deux auteurs que notre résident apprécie tout particulièrement, pour leur capacité à s’affranchir des contraintes physiques et à imaginer d’autres lieux, d’autres vies.

 

 

Un livre peut-il changer le monde ?

« J’espère plutôt qu’une seule phrase d’un de mes livres, devienne pour un de mes lecteurs, quelque chose de précieux pour lui-même ». Alors, pour un écrivain si attaché au facteur humain, que signifie écrire un livre ? Écrire sur les écrivains combattants de la 1ère Guerre mondiale n’est pas un choix anodin. C’est l’occasion pour Rui d’explorer les multiples connexions qui existent entre l’histoire, la géographie, la philosophie et le temps. Tout est lié, comme un immense réseau, invisible à l’œil nu. « Le travail de l’écrivain, c’est de donner naissance à de l’inédit, en creusant dans tout ce qui fut, temps et espace, pour essayer de produire du sens ». Dans ces conditions, le changement est un vrai travail de fourmi, mais chaque livre porte cet espoir en lui.

 

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Sur tous les fronts

Depuis qu’il est arrivé à l’Abbaye royale de Saint-Riquier, Rui est littéralement sur tous les fronts ! Ceux de la Grande Guerre, sujet de son présent essai, ceux de la Picardie, qu’il s’efforce de découvrir chaque fois que son emploi du temps plutôt chargé lui en laisse la possibilité et enfin, ceux des mots, que notre résident est si habile à ciseler dans ses écrits. Celui sur les écrivains combattants de 14-18, est un sujet qui touche particulièrement Rui et sa présence ici en Picardie, est pour lui, une chance inespérée. « Je me sens très impliqué par tout ce qui touche à Saint-Riquier : son architecture, son patrimoine et même son silence. J’aime énormément être ici, surtout dans le Parc et le Cloître. Chaque fois que je m’y promène, j’ai l’impression d’être le compagnon des fantômes de ces lieux ».

 

Alors, de Saint-Riquier à Mametz et de Louvencourt à Péronne, en passant par Albert et Fricourt, Rui se penche inlassablement, sur ses vies métamorphosées par l’expérience de la guerre, sur le destin de ces écrivains combattants, comme Pierre Jean-Jouve, Ernst Jünger, Wilfred Owen, Noel Hodgson, Roland Leighton et bien d’autres, qui eux aussi ont essayé de donner un sens à l’absurde désordre du monde. 

 

 

Nostalgie, mode d’emploi

 

Tandis que j’écoute Rui me parler de son travail, de ses voyages, de sa culture et de sa langue, mon esprit ne peut s’empêcher de penser à la grande chanteuse portugaise Amália Rodrigues, surnommée la reine du fado. Il y a dans ce chant portugais typique, toute l’âme du Portugal. Un sens profond du destin, du passé, de l’exil et de la mélancolie. Mais cette nostalgie du passé, si profondément ancrée dans le cœur de tous les Portugais, ne correspond que partiellement à Rui. Cet écrivain sensible et attentif à tout ce qui vit, possède un sens inné de la fragilité humaine, mais aussi de sa beauté. « C’est pour ça que j’aime tellement Rainer Maria Rilke. Il a su saisir toute la précarité humaine et la beauté du monde, qui ne se voit pas toujours ». Surtout avec la guerre ! « Je suis un humaniste pessimiste. L’homme n’est qu’un acteur, il ne pourra jamais percer le mystère du monde. Mais ça ne m’empêche pas d’écrire ». Nostalgie, oui, mais pas seulement. Au moment de se quitter, je demande à Rui, quel serait pour lui, le livre parfait. Sa réponse me parvient dans un grand éclat de rire : « Le silence ! ». 
 

 

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En guise de conclusion

Rui Cóias sera le mercredi 10 juin, au Marché de la Poésie à Paris. Il y signera son dernier ouvrage traduit du portugais, LOrdre du monde, publié aux Éditions de L’Harmattan. L’ouvrage sur lequel il travaille actuellement  à l’Abbaye royale de Saint-Riquier, sera publié en 2015, accompagné d’une mention spéciale sur Saint-Riquier.

 

 

 

Ariane Kveld Jaks

 

 

Traduction en français des premières lignes de l’essai de Rui Cóias

Par une froide journée qui commençait à se couvrir de brouillard, je marchai par les petits chemins de campagne de Saint-Riquier, quand mon esprit se mit à considérer combien tout ce qui existe dans ce monde, est contenu dans le temps et la durée et combien tout disparaît également, dans un mouvement de va et vient…

 

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Il est Portugais, passe un mois en France, comprend le français … et se fait souvent comprendre en anglais. C’est dire si Rui Cóias, juriste, écrivain et passionné de philosophie, sait voyager.
En résidence à l’Abbaye pendant un mois, il a accepté de se dévoiler, un peu, pour nous.

Rui coias 5Dans la mesure du possible, Rui Cóias, 48 ans, s’arrange pour ne partir qu’une fois par an en résidence, loin de sa famille à Lisbonne. Ainsi, il s’est déjà rendu aux Etats-Unis, en Espagne, en Belgique et en Suisse. Actuellement, il découvre donc le nord de la France : « Je suis allé visiter Saint-Valery, la Baie de Somme, Ault, Airaines, Abbeville. Chaque soir, après le dîner, j’ai l’habitude de marcher une demi-heure dans Saint-Riquier. Tout est si calme. Pour se concentrer, c’est important d’être dans ce genre de lieux. Ça vaut de l’or ! ». Lui qui avoue avoir du mal à se focaliser complètement sur son travail lorsqu’il est à Lisbonne, entouré de sa femme et de leurs fils de 6 ans.

C’est pourquoi il profite au maximum de ce calme pour mener à bien ses deux projets actuels. Le premier est un recueil de poèmes dans lesquels on retrouve les notions de temps, de souvenir ou encore de mort. Il en a d’ailleurs déjà écrit quelques-uns à l’Abbaye. Le second projet est un essai philosophique – il étudie la philosophie à l’université de Lisbonne – sur la première Guerre mondiale et notamment sur la Bataille de la Somme (1916). Il va donc être amené à visiter des villes qui ont subi ce conflit (Fricourt, Beaumont-Hamel, Villers-Bretonneux…).

C’est pour ces travaux, notamment, qu’une Résidence « Odyssée », attribuée par le Ministère de la Culture et le réseau des Centres culturels de rencontres, lui a été octroyée et que l’Abbaye bénéficie de sa présence.