3 questions à Dominique Cunin

Artiste spécialisé dans les technologies numériques et interactives, Dominique Cunin est également enseignant à l’Ecole Supérieure d’Art et Design (ESAD) de Valence et à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD) de Paris.
Sa colaboration avec l’Abbaye royale de Saint-Riquier a commencé il y a deux ans ;  avec l’aide de sa compagne Mayumi Okura, il a conçu les applications numériques « Book Tales » de l’actuelle exposition L’Europe avant l’Europe – Les Carolingiens – Temps 2.
En ce début février, il a sillonné les routes picardes pour se rendre dans trois établissements du second degré : le Lycée Cassini de Clermont (Oise), la Maison Familiale et Rurale de Beauquesne et le Lycée Professionnel Agricole de la Haute-Somme à Péronne. Le but : représenter l’Abbaye de Saint-Riquier lors d’actions ciblées auprès d’élèves dans le cadre des Parcours Découverte, proposés par le Conseil Régional.
Avec une partie semi-théorique et une autre plus pratique où une première approche de la création d’images interactives a été proposée, l’intervention de Dominique Cunin était bien sûr axée sur le numérique.
L’occasion de lui poser trois questions sur le sujet.

Dominique cunin 2

Dominique Cunin, quel a été le message principal de vos interventions ?

« Il y avait, en réalité, deux messages. Le premier insiste sur les pratiques artistiques contemporaines et leur lien quotidien et généralisé avec les technologies numériques. Les artistes ont, en quelque sorte, une légitimité. Ils créent des choses a priori étranges mais il faut savoir les regarder. Aujourd’hui, l’art contemporain numérique est un art à part entière. J’essaie de faire comprendre que les objets technologiques du quotidien permettent de tout faire, y compris de l’art.
Le second message, c’est qu’il va falloir manipuler ces machines. Elles ne sont pas réservées aux élites. D’où le côté pratique de mes interventions. Il faut apprendre à être curieux. »

 

Vous avez eu affaire à des élèves de 15 à 19 ans. Comment se comportent les adolescents quand on leur parle de numérique ?

« Vis-à-vis du numérique, ils ont une approche de consommateur. Mais aussi de spectateur. Le problème, c’est qu’ils ne savent pas qu’ils peuvent être acteurs. Ils ne voient pas tout le potentiel. 

Pourtant, ils ont une certaine aisance d’usage, c’est indéniable. Ils manipulent facilement les machines. Mais c’est un usage de surface. S’ils ne savent pas faire quelque chose, ils ne cherchent pas à savoir. Il y a un manque de curiosité à ce niveau-là.
En ce qui concerne mon intervention, je pense que la partie « atelier » a mieux fonctionné. Ils ont pris plaisir à manipuler. »

 

Selon vous, quelle place a le numérique dans la société actuelle ?

« Le numérique construit notre société. A mon sens, si nous ne sommes pas conscients que le numérique conditionne notre quotidien, nous ne sommes pas à la page. Le numérique est tout de même à l’origine de tous les médias que nous consommons au quotidien. J’irais même jusqu’à dire que le numérique est la nouvelle charpente de la société. 

Surtout, il y a deux générations aujourd’hui. Ceux qu’on appelle, les « Digital Natives », qui sont nés dans les années 2000 et qui grandissent avec le numérique. Et les plus âgés, qui doivent s’y mettre.
Certains d’entre eux ont grandi alors que la télé n’existait pas encore, et pour eux, la moindre manipulation sur un ordinateur est un véritable défi.
Pour éviter les fractures numériques, j’estime que les outils doivent être accessibles à tout le monde et que, tout comme l’anglais, le numérique doit être enseigné. Je crois qu’il y a vraiment quelque chose à ne pas rater. Tout cela dans le but d’avoir la main sur les machines et, justement, ne pas en être esclave. »