Edito

Vouées au silence, les abbatiales sont aussi de notoires chambres d’écho où la musique trouve souvent les conditions d’écoute les plus recherchées. Elles comptent aussi parmi les résidences privilégiées de cet anima, qui n’est rien d’autre que l’âme.

Ayant choisi cette année de consacrer la programmation du Centre Culturel de Rencontre au thème Anima/Animal, nous avons demandé à Pierre Reynaud, titulaire des orgues historiques de la prestigieuse église mais ici également directeur artistique de Musiques en Lumière, de faire « sonner » ce monument exceptionnel, en y proposant un programme musical à la fois riche, divers et en harmonie avec cet exceptionnel trésor patrimonial.Violoncelle

Le propos conviendra d’autant mieux à l’esprit de ce haut-lieu que la statuaire dont il est richement illustré et orné fait une place privilégiée à l’animal.

Ainsi, c’est en quelque sorte le souffle, celui des voix et des instruments, celui de l’énigmatique environnement animalier, mais aussi celui de l’esprit du lieu, qui attestera la vie secrète et la mémoire ineffaçable de ce sanctuaire de ce qu’André Malraux appelait Les Voix du silence.

Anne Potié
Directrice générale
de l’Abbaye royale de Saint-Riquier

 

 

De l’Arche de Noé
à la Tour de Babel
 

Comme s’ils cherchaient à sauver le monde animal de son  « silence », de son incapacité à communiquer au moyen des langages propres aux humains, les musiciens l’ont transcrit dans leurs partitions. De fait, ils ont constitué une Arche de Noé sonore, via le support narratif qui justifie l’oeuvre ou via l’imitation caricaturale des sons familièrement associés à chaque espèce. De cette vie animalière, constatée ou imaginaire est née une littérature musicale abondante, regards amusés, espiègles ou tendres sur cette gent. À l’imitation des conteurs, cette production, miroir social de l’humanité, ira même jusqu’à affubler la faune de nos comportements et affects humains.

La puissance évocatrice de la musique est capable d’envoûter les animaux (mythe d’Orphée), de guérir le psychisme humain (la lyre de David).

À partir de la fin du XVIIIe, l’instrument, tout particulièrement le piano, devient le confident de l’intimité du compositeur. Media privilégié de l’âme, il en incarne tous les sentiments et passions, parfois sous un prétexte animalier. 

Devant la froide description scientifique des phénomènes naturels, les musiciens se tournent vers les grands poètes : au début du XXe siècle, l’art de la mélodie française en est l’un des exemples.

Chaque dimanche après-midi, nous allons gravir les étages de cette polyphonique Tour de Babel des expressions de l’animal et de l’humain.

Pierre Reynaud
Directeur artistique
de Musiques en Lumière