Ilias Poulos, l’improvisation comme méthode

Un travail de longue haleine

En ce vendredi 10 avril, Ilias Poulos ne sait pas encore précisément à quoi ressemblera l’œuvre intitulée Arche virtuel, le soir du vernissage... Sur la table basse de son studio une pile d’images en noir et blanc est pourtant bien présente. Les photos imprimées sur du Canson (Ilias Poulos déteste le papier photo, glacé) mesurent 18 × 18 cm, « mais ça s’est trouvé comme ça, par hasard, les carrés auraient pu être plus petit, plus grand ». Seule la forme, le fragment importe. En effet, depuis plus de vingt ans Ilias Poulos utilise dans ses installations photographiques, une multitude de carrés séparés les uns des autres par une marge, qu’il déploie ensuite in situ dans les espaces d’exposition. Si par le passé il a pu s’intéresser aux visages de la guerre civile grecque, pour l’exposition Anima / Animal il porte pour la première fois son attention sur les tribus et les animaux en voie de disparition. Ilias Poulos s’empare d’images en libre accès sur internet. Cette prise d’images pourrait sembler facile, mais en réalité, elle nécessite beaucoup de recherche et, surtout, précède un long travail de retouche. Les images brutes sont agrandies, les gris et les noirs sont retouchés, la luminosité et les contrastes sont modifiés, seuls les flous sont conservés tels quels.

 

La mémoire comme fil conducteur

Un « fil rouge » traverse l’ensemble de son œuvre, la question de la mémoire, individuelle, collective. Les fragments jusqu’à 400, et la marge, évoquent une vision fragmentaire, incomplète comme peut l’être notre mémoire qui fait alterner les images précises des événements passés et les images morcelées, floues. La marge est pour l’artiste un espace de liberté qui permet la projection. Alors que nous l’interrogeons sur son utilisation du  noir et blanc, Ilias Poulos nous explique qu’il est pour lui plus proche de la réalité que ne l’est la couleur. Il ne s’impose pas au spectateur. Ces carrés seront ensuite assemblés une première fois au sol, puis disposés au mur. Il peut y avoir plusieurs façons de les exposer, les propositions sont infinies.

 

Dans le regard du spectateur

Illias poulosL’improvisation comme méthode, et le doute comme guide, permettent à Ilias de se laisser surprendre par son travail jusqu’au dernier moment. S’il est question dans Arche Virtuel de disparition des espèces animales et humaines, Ilias Poulos se défend de réaliser un quelconque travail engagé. Pourtant, il laissera s’échapper dans la discussion qu’il constate la disparition de l’humanité dans l’être humain. Mais en aucun cas ses idées doivent elles influencer le regard du visiteur, il ne veut pas l’alerter. Aujourd’hui, personne ne peut ignorer les problématiques qui l’environnent : l’artiste comme le visiteur sont sur un pied d’égalité, face à ce qui les entoure. Il répète que son œuvre ne lui appartient pas, qu’elle ne doit pas être dogmatique, qu’elle doit continuer à évoluer dans le regard du spectateur. Le spectateur en l’observant en engendre une tout autre, il devient à son tour créateur.