Noureddine Ferroukhi

Photo integreeDans le cadre du Programme de Résidence Odyssée, l’Abbaye royale de Saint-Riquier a le plaisir d’accueillir le peintre algérien Noureddine Ferroukhi. Noureddine Ferroukhi, artiste plasticien, a participé à diverses expositions collectives et individuelles, tant en Algérie qu’à l’étranger. Outre son métier de peintre, Noureddine Ferroukhi est également commissaire d’expositions et historien de l’art, discipline qu’il enseigne à l’École Supérieure des Beaux-Arts d’Alger. Installé jusqu’au 18 avril dans ces murs chargés d’histoire, l’artiste s’est attelé à la production d’une œuvre d’art surprenante, qui interroge la notion de désir et celle de liberté d’expression, à mi-chemin entre les cultures occidentale et orientale.

 

L’obscur objet du désir :

Contrairement aux idées reçues, nous explique N. Ferroukhi, la représentation du corps n’est pas strictement liée à l’art occidental. Les poètes, tout comme les illustrateurs musulmans, ont beaucoup célébré la femme et les plaisirs charnels. Ainsi, le poète persan Omar Khayyâm, écrit-il dès le XIème siècle, dans ses Rubayât :

 

 

Puisque ce monde est triste et que ton âme pure, 
O mon amie, un jour, doit aller chez les morts, 
Oh ! Viens t’asseoir parmi les fleurs sur la verdure, 
Avant que d’autres fleurs s’élèvent de nos corps.



Pour Noureddine Ferroukhi, l’art, la création, ne peuvent donc se concevoir sans désir. L’esprit et la chair sont un, unis dans une même célébration de la beauté et de la vie. Ce discours engagé et passionné sur la nudité et le corps, cet obscur objet du désir, est d’autant plus complexe que les interdits et les tabous diffèrent d’une civilisation à une autre et, bien sûr, d’une religion à une autre. 

  

Le foisonnement de l’image :

En arrivant à l’Abbaye royale de Saint-Riquier, Noureddine Ferroukhi a été surpris et charmé par le calme des lieux, dans lesquels, nous a-t-il confiés, il se sent très inspiré. L’isolement et le silence lui permettent de se consacrer pleinement à la création d’un triptyque, Le mouton enchanté, qui raconte l’amour. Reprenant notamment le récit d’Adam et Ève dans la Genèse, le peintre en revisite le thème, après avoir découvert l’abbatiale, en en renouvelant, à sa façon, le contenu iconographique. « C’est un clin d’œil à la spécificité de cet édifice. Le christianisme lui aussi a combattu la chair et mis des interdits sur la nudité et sur le désir ». Puisant son inspiration dans la miniature algérienne de Mohamed Racim (1896-1975), l’artiste en enrichit le contenu en y introduisant un sujet occidental, le thème du nu dans une attitude érotique. Rappelons que c’est Mohamed Racim qui, le premier, accèdera à une véritable reconnaissance artistique, durant la période coloniale française. C’est dans ce foisonnement de l’image qu’a lieu, selon le peintre, la rencontre entre l’Orient et l’Occident. 

 

À un détail près :

Nourredine article

Dans cette peinture en cours de réalisation, se mêlent figures peintes et dessinées, « un mélange insolite de kitsch et de référents fétiches de l’imaginaire populaire, ainsi que de récits illustrant des états d’âme à la fois pessimistes et joyeux », nous confie Noureddine. Toute cette profusion visuelle prend naturellement sa place sur la toile ; les aspects techniques et mentaux ; l’univers citadin algérois ; le monde clos des femmes, tant le travail du peintre est méticuleux et son univers artistique proche de celui de la miniature. Tout tient à un détail près, vibre et raconte une histoire d’amour, de désir et de liberté.

 

L’esprit des lieux :

D’abord surpris par la « nudité » apparente du paysage picard, l’artiste a vite découvert que l’esprit des lieux lui permet une véritable communion avec lui-même. Ainsi, l’abbaye, le parc à peine troublé par le vol de quelques corbeaux et l’abbatiale, sont-ils autant d’occasions de découvertes et peut-être, de nouvelles sources d’inspiration. Noureddine Ferroukhi le souligne : Le mouton enchanté est une allusion aux contes des Mille et une nuits et à l’attente de l’amour. Une polysémie de l’image, qui s’exerce sous le regard du spectateur. À ne pas manquer donc, lors de la prochaine exposition Anima Animal, qui se tiendra ici même, du 19 avril au 31 décembre 2015 et présentera le travail de plasticiens contemporains réunis par Évelyne Artaud, commissaire de l’exposition et de Jean-Pierre Balpe, commissaire pour l’art numérique.

 

 

Ariane Kveld Jaks