En marchant, en regardant…

Il y a des rencontres qui se font dans les livres, d’autres en contemplant une œuvre d’art, et d’autres encore, en croisant la route d’une autre personne. C’est littéralement en marchant que l’artiste visuel Jacques Perconte et la psychanalyste Nathalie Plet, se sont rencontrés. Il y a, chez ces deux adeptes du mouvement, une grande curiosité pour le territoire et un intérêt partagé pour la nature. Et même si le travail de Jacques, intensément visuel, se concentre sur le paysage à partir duquel il réalise des films génératifs tout-à-fait singuliers, cela ne l’empêche nullement d’entrer en résonance avec celui de Nathalie Plet, qui fait dialoguer entre elles la psychanalyse, l’anthropologie et la géopolitique.

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Venus à plusieurs reprises en résidence à l’Abbaye royale de Saint-Riquier, Nathalie Plet et Jacques Perconte, poursuivent leur réflexion sur « les images de la nature et la nature des images » (Nathalie Plet), dans le cadre de la prochaine exposition La Route du Lin. Caméra au poing ou bloc-notes et crayon en main, les deux créateurs ont parcouru, tantôt ensemble, tantôt séparément, les routes de Picardie et celles de Chine, filmant et cartographiant ces paysages du lin, de Martainneville à Shanghai. Leur travail, basé sur l’expérience du territoire – son énergie, les impressions qu’il suscite – invite aussi à une découverte de la culture chinoise, facilitée par la présence à leurs côtés de Catherine Despeux, sinologue, professeur émérite à l’Institut National des Langues Orientales (INALCO) à Paris et grande spécialiste du taoïsme, venue à l’Abbaye pour la première fois.

 

Ce vendredi 17 mars, au cours d’une agréable promenade dans les allées du Parc de l’Abbaye, en compagnie de Nathalie Plet et de Catherine Despeux, j’ai eu le plaisir de me familiariser davantage avec leur travail.

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Ariane Kveld Jaks : Vous êtes venus en résidence à plusieurs reprises, pour y réaliser votre projet. Cette présence in situ, que vous a-t-elle apportée ?

Nathalie Plet : On se sent connectés au lieu, on est prêts ! Etre ici, c’est vraiment bien.

AKJ : Connectés ? L’énergie du lieu, sans doute !

NP : Saint-Riquier a toujours représenté une ville étape avec de très bonnes vibrations.

AKJ : Et votre collaboration sur ce territoire picard, comment s’est-elle élaborée ?

NP : A partir du mouvement et du regard et en croisant nos disciplines. Dans notre travail, tout bouge : l’image, les hommes, les perceptions et les énergies liées aux territoires parcourus, en Picardie comme en Chine.

AKJ : Et votre travail à Shanghai, au Bund* notamment ?

NP : Très mobile. Mais vous savez, je suis une psychanalyste, mais pas quand je filme les ballots de lin !

AKJ : Justement, votre approche professionnelle sur ce projet-là, elle s’est faite comment ?

NP : Mon médium, c’est l’écriture, l’image vient ensuite. Mais toujours en mouvement.

AKJ : Et pour Jacques ?

NP : Jacques parcourt les lieux, pose sa caméra et filme tout ce qui entre dans son champ. A ce moment précis, il ne bouge pas. C’est le même genre de posture que celle qu’on a en méditation.

AKJ : C’est aussi une autre façon de regarder ?

NP : Oui, quelque chose se déroule dans le cadre, c’est phénoménologique. On se rencontre dans le champ de la perception. On vit dans l’expérience de l’image, dans la lenteur. C’est une autre façon d’expérimenter ce que l’on voit.

AKJ : Jacques, c’est la caméra, mais vous, comment travaillez-vous ?

NP : Je travaille avec des cartes. J’ai besoin de pouvoir matérialiser précisément mes zones d’action. C’est un concept que j’ai déjà développé dans Sleepzone, à Amiens et Saint-Valery-sur-Somme.

AKJ : Et vous Catherine, à quel moment de ce travail êtes-vous intervenue ?

CD : J’ai travaillé sur la relecture d’extraits de textes, sur des traductions ponctuelles et sur l’écriture d’idéogrammes chinois, qui seront montrés dans l’exposition.

AKJ : Justement, Nathalie m’a dit que vous allez régulièrement en Chine pour votre travail. Que vous êtes également une adepte de la marche, donc du mouvement.

CD : C’est exact ! Je parcours très souvent les montagnes chinoises, je sillonne la Chine, avec une escale obligée à Shanghai.

AKJ : Vous visitez aussi les grottes ?

CD : Oui ! Celles de Dunhuang au Nord-Ouest de la Chine. J’ai travaillé sur les manuscrits médicaux anciens liés à ce site.

AKJ : Votre travail à Jacques et à vous est très visuel, mais aussi très ancré dans la culture chinoise, notamment dans votre approche du lin.

NP : Le lin, c’est une plante vivante. En Chine, tout est étudié sous le rapport du mouvement et de l’énergie.

AKJ : Finalement, c’est bien naturel. Quelle meilleure façon de découvrir le lin, qu’en parcourant et en regardant les lieux où il vit et où il est transformé ?

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Ariane Kveld Jaks

 

 

Pour en savoir plus :

Jacques Perconte : http://www.jacquesperconte.com/


Nathalie Plet : http://picardievagabonde.weebly.com/nathalie-plet.html

http://www.urba2000.com/club-ecomobilite-DUD/IMG/pdf/presentation_sleepzone_npk_version_francaise.pdf
 

Catherine Despeux: https://www.youtube.com/watch?v=NHVf8NdVrLo

 

*Le Bund est un boulevard de Shanghai, lieu touristique très apprécié des étrangers.