Montage d’exposition

La Route du Lin
 

Depuis le samedi 25 mars, le photographe Michel Monteaux est en résidence à l’Abbaye royale de Saint-Riquier, pour superviser l’accrochage de ses photos liées à l’exposition « La Route du Lin » (du 2 avril au 16 juillet 2017). Période d’intense travail, mais aussi de réflexion et de partage. Moments choisis :

Montage expo 2

Ariane Kveld Jaks : Michel, comment se passe ton accrochage ?

Michel Monteaux : Très bien ! J’ai commencé à déballer mes photos dès dimanche. Avec l’équipe technique, on a trouvé le bon quadrillage (formule mathématique)et le bon accrochage , ça s’est fait très vite finalement. En fait, mon accrochage est conçu comme une histoire. Donc, difficile d’être linéaire. J’ai plutôt privilégié les ambiances et les couleurs.

AKJ : C’est-à-dire ?

MM : Il y a toute une gamme. Les verts pour les semis, les jaunes pour le rouissage, les bleus pour le voyage et les rouges et jaunes pour tout ce qui a trait à la Chine. C’est une belle coïncidence. Mais le vert et le bleu persistent. Normal, ce sont les couleurs du lin.

AKJ : Comment qualifierais-tu le travail que tu as réalisé pour cette exposition ?

MM : Un reportage graphique. Je me suis concentré sur des portraits très forts, pour ne pas avoir trop de personnes dans mes photos. J’ai choisi d’utiliser un Polaroïd, car ça marque plus le temps. L’histoire du lin continuera de toute façon, les acteurs ne sont que des passeurs ! Finalement, c’est la matière qui tisse le lien. Un lien qui se résume à trois mots : passion, noblesse (de la matière), excellence.

Montage expo 3

AKJ : Quel a été ton angle d’approche pour ton reportage ?

MM : Au départ je n’ai pas pu faire les photos avec de la pellicule qui aurait été la meilleure approche pour moi, Cela coûtait trop cher. J’ai donc dû faire les photos en numérique. Comme l’optique Nikon que j’avais ne réagissait pas très bien aux couleurs du lin, j’ai changé l’optique et acheté l’objectif Sigma. Seuls les portraits sont réalisés avec le polaroid afin de marquer une différence entre les personnages, acteurs du lin qui sont de passage dans le temps et le reste du reportage qui se concentre sur la nature, les éléments et les architectures diverses.

AKJ : Maintenant que tu as vu le lin de près, qu’est-ce qu’il représente pour toi ?

MM : C’est une tendresse ! De la beauté, une odeur campagnarde. C’est ce que j’imaginerais d’une enfance heureuse à la campagne. C’est aussi très sensuel.

AKJ : Tu as beaucoup travaillé à la coopérative linière de Martainneville (CALIRA). Comment cela s’est-il passé ?

MM : Au début, ce n’était pas évident pour moi de trouver mes marques, ça s’est fait progressivement. Petit à petit, le personnel de la CALIRA m’a adopté, les gens m’ont tutoyé. Après, c’était facile de les photographier.

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AKJ : Et la Chine du lin, que représente-t-elle ?

MM : Une grosse industrie ! Le rapport au lin y est plus nettement commercial. C’est une transition sectorielle de la soie au lin, mais qui ne représente qu’une part de marché relativement « modeste » par rapport à la soie.

AKJ : Sur quel cargo as-tu fait la route maritime du lin ?

MM : Sur le Georg Foster, qui est le plus grand navire de la Cie maritime CMA CGM. Il fait 398 mètres de long pour une capacité de 18 000 conteneurs.

AKJ : Et combien de temps dure cette traversée, ce voyage du lin du Havre à Shanghai ?

MM : 37 jours en moyenne, 41 jours au maximum. Pour moi, ce fut une traversée de 37 jours.

AKJ : Un vrai voyage au long cours ! Parle-nous un peu des escales ?

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MM : Malte, Khor al Fakkan (Emirats Arabes Unis), Jebel Ali (Emirats Arabes Unis), puis Shanghai, en Chine. Mais pour des raisons administratives, j’ai dû débarquer à Tianjin, au nord-est de la chine.

AKJ : Y a-t-il une différence essentielle entre le lin tel qu’il est perçu en France et tel qu’il est perçu en Chine ?

MM : En France, il représente l’émotion, la passion pour une matière à la fois scientifique et émotionnelle. Pour les chinois, c’est d’abord un intérêt économique. Le lin en Chine, c’est un marché tourné d’abord vers l’Asie et, dans une moindre mesure, vers l’Inde. Le marché européen est plus « modeste », mais tout ça est évidemment relatif.

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AKJ : En tout cas, la route maritime du lin, c’est une histoire passionnante qui se fait dans le sens contraire (Chine-Europe) de celui de la Route de la Soie !

MM : C’est tout-à-fait ça et c’est vrai que c’est passionnant.

 

Ariane Kveld Jaks

Un grand merci à Michel Monteaux et à toute l’équipe technique de l’Abbaye royale de Saint-Riquier.