LA ROUTE DU LIN
du 2 avril au 16 juillet 2017
Vernissage samedi 1er avril à 17h

Affiche michel monteaux route du lin 72dpi« C’est juin qui fait le lin ! » dit le proverbe à qui l’Abbaye royale de Saint-Riquier donne raison en proposant, à partir du 2 avril 2017, une exposition consacrée au lin, à travers le regard de trois artistes passionnés par cette plante remarquable. De la Normandie aux Hauts-de-France en passant par la Picardie, les territoires qui bordent la Manche et la Mer du Nord sont des terres de tradition linière. Elles ont développé, au fil du temps, une relation privilégiée avec cette fibre textile.


Le centre de la bordure orientale de la Manche, en Picardie maritime, abrite le coeur du marché mondial du lin : une coopérative, la CALIRA, à Martainneville, travaille 180 tonnes de lin textile par jour, dont 90 % sont expédiés en Chine pour être transformé en fil.


La culture du lin, dans cette région, fait entrer en résonnance les deux sens du mot culture. Il s’agit d’abord d’une activité agricole liée à un terroir, c’est-à-dire à la combinaison d’une terre et d’un ciel. La météo est le juge de paix - pluie et soleil doivent, au cours des 100 jours du cycle du lin, danser au bon rythme un pas de deux précis - et, pour le meilleur ou pour le pire, lourd de conséquences.


Et ensuite, c’est une affaire d’hommes, d’hommes et de femmes de cette région, mêlant jusqu’au paroxysme modernité et tradition. Le soir, l’agriculteur regarde le soleil se coucher sur la mer et, la nuit tombée, il se penche sur son ordinateur pour suivre en direct les cours des marchés chinois.
Ici, le picard n’a pas été remplacé par le mandarin, mais la langue de Confucius et celle de Shakespeare tissent une surprenante relation entre une nature et deux cultures, entre Occident et Orient, entre la fleur et le fil. De l’agriculture à l’industrie, des rives de la Manche aux rives du Pacifique, entre art et artisanat, une nouvelle voie a été ouverte il y a quelques décennies.


La Route du Lin raconte l’histoire d’une fibre exceptionnelle, originaire du Moyen Orient, et vieille de quelque36 000 ans, qui, grâce à sa ductilité et son empreinte écologique minimaliste, a occupé avec génie et simplicité une place de choix sur les marchés internationaux. Entre productivité, innovation et développement durable, le lin est désormais bien plus qu’un produit agricole : c’est le marqueur symbolique de l’évolution de terroirs anciens ancrés au coeur du monde globalisé.


Ainsi, bien précieux voyageant depuis le tout début de la Route de la Soie dès le IIe siècle avant J-C. dans les bagages des caravaniers partis de l’antique cité de Changan en Chine, le lin nous invite à un voyage dans le temps et dans l’espace, tout aussi passionnant et surprenant que celui effectué, jadis, par le fil du bombyx.


La Route du Lin sera donc, à sa manière, l’exploration d’une nouvelle forme de mondialisation, après celle initiée par la Route de la Soie. Un voyage au coeur du végétal, du microcosme au macrocosme, mais aussi une aventure humaine, économique et esthétique, entre France et Chine, entre tradition et innovation, à travers photographie, film génératif et installation numérique.

Un voyage au plus près de celles et ceux qui font le lin, de la Picardie à la Chine, entre photos et prises de paroles, « l’acuité du regard de Michel Monteaux, qui capte d’une manière pleine d’empathie et sans esbroufe les visages de ceux qui volontiers s’offrent à son objectif […] nous permet de transcender le monde qui est le nôtre. Cela s’appelle la grâce. » (Dan Torres). Le lin, culture des passionnés par excellence, est ainsi saisi sur le vif.


En écho à ses portraits visuels et sonores, les paysages numériques et les rythmes naturels d’évolution de la plante, sont délicatement restitués par le regard complice de Jacques Perconte et de Nathalie Plet. Pour Jacques Perconte, jouant de la compression métamorphique de la matière vidéo et Nathalie Plet, cartographiant le cycle naturel de la plante, son énergie et son mouvement, le lin est en perpétuelle transformation. Lin, un mot décidément bien trop court pour une fibre naturelle à l’histoire si longue et au parcours si exceptionnel.