leurs lumières

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Le projet « leurs lumières » est né d’une série de conjonctions : l’Abbaye de Saint-Riquier, et son abbatiale lumineuse, devenant Centre Culturel de Rencontre dédié aux écritures, Anne Potié, sa directrice, retient le thème de la lumière pour bâtir sa première programmation annuelle.

C’est pourquoi, après un été dédié à Alfred Manessier, Le tragique et la lumière, il s’agit de conjuguer le thème de la lumière et la problématique des écritures, sous un autre de ses aspects, celui d’un art contemporain attaché à des expérimentations aussi bien ludiques que techniques et poétiques.

À l’occasion du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau, un dispositif spécifique, conçu au sein d’une recherche sur les écrans mobiles et le récit interactif, propose d’explorer l’idée de lumière chez Rousseau.

L’exposition «leurs lumières» s’accompagne d’une salle multimédia de documentation et d’échanges, de publications, de journées d’étude.

Reportage : Visite guidée de l'exposition «leurs lumières»

 

 

 

Reportage France 3

http://www.francetv.fr/culturebox/un-voyage-dans-lunivers-des-lumieres-electroniques-a-labbaye-de-st-riquier-123787

 

Reportage France Info

http://www.franceinfo.fr/arts-spectacles/visite-privee/la-lumiere-de-l-abbaye-de-saint-riquier-803671-2012-11-16

 

leurs-lumieres-ok-6.jpgLes dix artistes contemporains - Donald Abad, Marie-Julie Bourgeois, Félicie d'Estienne d'Orves, Jakob Gautel et Jason Karaindros, Tomek Jarolim, Julie Morel, Mayumi Okura, Michaël Sellam, Marion Tampon-Lajarriette (biographies des artistes disponibles sur demande) - qui participent à « leurs lumières » sont de cette jeune génération qui a grandi au sein de la culture numérique. Ils ont eu, dans leur
formation artistique, un contact direct avec l’interactivité des nouveaux media. Résolument actuels, leurs environnements lumineux, leurs films, leurs dispositifs partagés de l’illumination comme de l’aveuglement, sont autant d’expériences ludiques et poétiques, troublantes et critiques.

Jean-Louis Boissier, commissaire de l’exposition, outre une formation scientifique et de praticien du cinéma et des arts interactifs, a été marqué par sa longue collaboration avec Frank Popper, théoricien du cinétisme et des arts numériques.
Ceci, de la fin des années 60 au début des années 80, des expositions Lumière et mouvement en 1967 au Musée d’art moderne de la ville de Paris et Cinétisme spectacle, environnement à Grenoble en 1968, à l’exposition Electra en 1983 de nouveau au musée d’art moderne de la ville de Paris. Parallèlement à ses propres productions expérimentales dans les arts interactifs, reliées au cinéma, à la littérature et à la performance, Jean-Louis Boissier s’est attaché, en tant que chercheur universitaire, à l’observation des arts des nouveaux media à travers de nombreuses expositions dont il a partagé la conception : Electra en 1983, Les Immatériaux en 1985, Passages de l’image en 1990, ou dont il a été lui-même l’initiateur : la biennale Artifices à Saint-Denis de 1990 à 1996 ; la Revue virtuelle du Centre Pompidou ; les expositions Image calculée et Machines à communiquer à la Cité des sciences, Jouable en 2002, 2003 et 2004, Mobilisable en 2008, Mode Démo en 2010.

Il a choisi ces jeunes artistes pour les avoir connus directement dans leurs recherches. Pour autant, si ces artistes ont en commun une certaine pratique des media technologiques, ils n’en font nullement leur spécialité exclusive. Ils en tirent une approche détachée et distanciée, voire critique, une méthode d’intervention dans une époque marquée par les technologies de l’information. Les techniques de la lumière (on nomme ainsi ce qui vient de l’électricité et de l’électronique) seront donc leur objet autant que leur instrument. Aussi, en recevant « leurs lumières », on ne peut pas ne pas révéler leurs attaches avec un art de la lumière et du mouvement, de l’environnement et de la participation, dont l’exposition peut elle-même revendiquer la filiation historique.


À l’occasion du tricentenaire de la naissance, de Jean-Jacques Rousseau, Jean- Louis Boissier et Dominique Cunin proposent de développer, dans un dispositif spécifique, l’idée des lumières chez Rousseau.

 

Illumination et aveuglement, la lumière comme condition fluctuante de visibilité, de lisibilité et de jouabilité.

Dans l’Émile, Jean-Jacques Rousseau révèle comment, en regardant le lever du soleil sur la plaine du Pô, il voit les ombres allongées des arbres qui se donnent littéralement à lire, comment il a la révélation de la lisibilité du monde.
Si la lumière est le fondement de la visibilité, elle l’est aussi de la lisibilité. Plusieurs des propositions de « leurs lumières » mettent ainsi en scène la lecture.
L’exposition vérifie également que si la lumière est facteur du visible et du lisible, elle l’est aussi du jouable. Ne parle-t-on pas de « jeux de lumières » ? Par cette jouabilité, on aborde la lumière comme substance perceptible, comme facteur sensitif et affectif, c’est-à-dire comme chose réelle.

L’exposition « leurs lumières » s’accompagne d’une salle multimédia de documentation et d’échanges, de publications, de journées d’étude. Exposition conçue et réalisée par le Centre Culturel de Rencontre de l’Abbaye de Saint- Riquier – Baie de Somme en coopération avec l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis (laboratoire Arts des images et art contemporain) et l’École nationale supérieure des ArtsDécoratifs (EnsadLab).

 

N° 1 Jakob Gautel & Jason Karaïndros
« Détecteur d'anges »jakob-2.jpeg

Argument : “Looking into the heart of light, the silence...” — T. S. Eliot
« Un ange passe — un moment de silence devenu rare dans notre société hantée par le horror vacui visuel et sonore. Notre Détecteur d'anges est un dispositif à détecter le silence. Il capte tout son dans son entourage. Quand il y a du silence, une lampe s'allume. Au moindre bruit celle-ci s'éteint de nouveau. Le Détecteur d'anges devient ainsi un phare invitant l'ange qui passe à un moment de repos. Un dialogue (silencieux) avec l'ange ainsi attiré peut s'instaurer. » J.G. & J.K.

 

N° 2 Julie Morel
“Light my Fire”

Argument : Réalisée dans le cadre d’une résidence à la Maison populaire, « Light my Fire »  est une installation qui s’appréhende tour à tour dans la lumière et dans la pénombre. Le spectateur est en présence d’un texte inscrit en caractères phosphorescents sur le mur. Presque invisible et illisible en pleine lumière, il se révèle cycliquement lorsque la lumière s’éteint, le temps qu’il s’efface lentement dans le noir. Cette version du texte augmente et rejoue un extrait de La Part maudite de Georges Bataille (1949). Elle propose la description tautologique d’une phrase en train de s’écrire. Elle prend le caractère d’un énoncé performatif et met en évidence la difficulté de sa lecture et les efforts nécessaires pour la saisir. Cette augmentation performative est rédigée en minuscules alors que la phrase originale, «Le principe même de la matière vivante veut que les opérations chimiques de la vie qui ont demandé une dépense d’énergie soient bénéficiaires, créatrices d’excédents », se détache furtivement en majuscules.

 

N°3 Mayumi Okura
« La Petite Fille aux allumettes »

Argument : En craquant une allumette, le spectateur déclenche devant lui la projection de l’image de cette allumette qui brûle où il voit se former un court texte dans la lumière. D’allumette en allumette, il se rend compte qu’il est en train de lire paragraphe par paragraphe le conte okura-6.jpgd’Andersen, La Petite Fille aux allumettes. Afin de révéler le texte et de pouvoir le lire, le spectateur n’a pas d’autre solution que de dépenser des allumettes. L’histoire qu’il découvre est celle d’une petite fille qui cherche à vendre des allumettes pour sa propre survie et finit par mourir de froid après avoir eu une série d’hallucinations en regardant les flammes. En d’autres termes, le spectateur se trouve dans une situation similaire à celle de la protagoniste de l’histoire qu’il découvre. C’est même une condition sans laquelle il ne peut pas lire la suite de l’histoire. Il y a une corrélation entre son action et le contenu du récit.
Notice :
En craquant une allumette, le spectateur déclenche devant lui la projection de l’image de cette allumette qui brûle où il voit se former un court texte dans la lumière.

 

N° 4 Marion Tampon-Lajarriette
« Caméra 1, Plan 8 »

Argument : Caméra 1, Plan 8 opère un déplacement, dans les deux sens du terme. La vidéo nous entraîne dans un cheminement au-dessus de la surface en mouvement d’un océan de synthèse. Le déplacement reproduit sur cette étendue est celui du champ de latampon-lajarriette.jpg caméra dans La Corde (Hitchcock, 1948) ; film tourné en un mouvement de caméra continu. La scène reconstituée ici est celle où la caméra arpente soudain de façon autonome le décor de l’appartement vide alors qu’un personnage décrit à haute voix comment le meurtre — auquel personne n’a assisté — aurait pu être commis dans ce lieu. La bande sonore utilise cette voix off, des sons provenant de ce décor, tels que des bruits de pas ou de portes, et la musique dramatique qui ouvre et ferme le film. Tout nous renvoie à une histoire qui a lieu ailleurs, dans un autre espace-temps hors de portée de notre regard. Nous sommes pris dans ce mouvement doublement abstrait, isolé loin de son référent narratif, projeté dans un environnement vierge de toute balise et propre à accueillir ses aléas.

 

N° 5 Donald Abad
« S’abstraire »

Argument : « C’est un projet de marche en binôme qui pose des questions relatives au territoire. Prendre pour guide un chat — aveugle de naissance, né en Grèce, une sorte de Tyrésias — c’est un test pour outrepasser son statut, pour dépasser sa nature. J’avais interrogé le vétérinaire avant de partir. Il s’était déclaré ignorant du comportement de l’animal mais m’avait conseillé une longue laisse, un fil, une ligne, afin abad.jpgqu’il ne détale pas au premier coup de feu, car c’était la saison de la chasse. Cette ligne allait être notre unité de mesure flottante. C’est une réflexion sur la juste distance, sur la distance relative entre deux points mobiles. C’est une horizontalité, sans verticalité fixe — mon corps ne lui donnait aucun repère, mis à part une présence rassurante —, pas de poteau, ni barrière, ni mur, juste un espace sans fin. Si mon chat miaulait, ce n’était pas pour m’appeler, pour se plaindre, mais d’abord pour tester l’espace, à la manière d’une chauve-souris. Comme tous les chats, il était beaucoup plus actif à la tombée de la nuit, entre chien et loup. Comment la percevait-il ? » D.A.

 

N° 6 Tomek Jarolim
« Fermer les yeux »

Argument : Envisagé comme une fabrique à images mentales, le dispositif de Fermer les yeux est un face à face avec la lumière qui explore nos capacités de perception et d’imagination. Son interactivité vise à dépasser la simple interaction avec une machine. Lorsqu’il ferme les yeux, le spectateur déclenche une séquence lumineuse colorée qui lui fait ressentir, plutôt que voir réellement, une image. Ses paupières sont alors l’écran d’une image sans cadre, sans dimensions. Les impulsions stimulent son nerf optique et modifient la fréquence électrique de son cerveau. Derrière ses paupières fermées, il découvre des motifs, des couleurs et des images abstraites. Le spectateur voit, au-delà de l’écran, la matière lumineuse des diodes électroluminescentes, une pure source de lumière qui fait résonner l’image en lui. Il n’est plus l’observateur, mais le déclencheur de ses propres images et impressions. Plus l’expérience dure, plus les impressions s’intensifient. Lorsqu’on ouvre les yeux à nouveau, la machine s’arrête.
Notice :
Entrer dans l'installation.
S'installer.
Fermer les Yeux.

 

N° 7 Félicie d’Estienne d’Orves
« Eclipse II » (série Cosmos)

Argument : La vidéo pour écran circulaire suspendu dans l’espace Eclipse II est l’aboutissement de la série Cosmos qui vise à interroger la connaissance mythique et instinctive qu’induisent les manifestations naturelles de la lumière. Comme les autres vidéos et constructions rayonnantes et colorées de l’artiste, elle interroge le processus de la vision et le conditionnement du regard. Elle donne à percevoir des rotations cycliques et progressives et le déroulement d’états lumineux et hypnotiques qui se réfèrent à des phénomènes d’astrophysique. Après la formation de la matière dans la sculpture Ovale (2008), le recouvrement apparent d'un astre par un autre en un instant précis dans Eclipse I (2009), l’explosion d’une étoile Supernova (2011), Eclipse II fait éprouver le jeu des positions relatives de l’observateur, d’une source de lumière et d’un disque éclipsant. Une telle inscription dans l’espace de l’alignement d’ombres et de lumières évoque les limites de la perception humaine et des événements qui nous relient à des espaces-temps étrangers.

 


N° 8 Michaël Sellam
« Blind Test »

Argument : Une sculpture d’un centimètre et demi de largeur est discrètement encastrée dans un mur, à hauteur du regard. Le faisceau d’un laser sellam.jpgrouge est dissimulé derrière un judas. L’intervention est minimale mais elle remplit toutefois l’espace dans une dimension qui peut paraître agressive et comique. Face à cette mise en scène, soupçonnant un danger, car leur œil pourrait en devenir la cible, les spectateurs adoptent différents comportements, parfois surprenants. L’objet pervers peut révéler et amplifier une nature craintive ou complice.

 

 

N° 9 Marie-Julie Bourgeois
« Parallèles »

Argument : C’est la course du soleil qui se dessine dans l’environnement interactif Parallèles. La rotation d’une bille géante permet au spectateur d’avancer ou de reculer dans le temps. La vitesse et la dextérité de la manipulation créent l’ambiance visuelle et sonore de l’installation. La distorsion du temps est matérialisée par la course du soleil telle qu’elle peut s’inscrire dans un espace clos. Des faisceaux de lumières parallèlesbourgeois.jpg correspondent à la position du soleil dans le ciel à un instant T. Les rayons accompagnent le déplacement produit par le contrôle du trackball, ils traversent l’espace de la chambre blanche et éclairent le corps des spectateurs. Le principe est de simuler une perturbation de l’équilibre de notre planète en agissant sur sa vitesse de rotation. Le spectateur est non seulement embarqué dans un voyage temporel mais il est également exposé aux conséquences de ce dérèglement virtuel du cycle. Il se trouve ainsi en plein cœur d’un effet spécial inspiré d’un phénomène naturel qu’il contrôle et subit à la fois.

 

N° 10 EMERI (Écrans mobiles et récit interactif, programme de recherche d’EnsadLab)
« Lumières de Rousseau »

Argument : Quelque quatre-vingt citations extraites de tous les ouvrages de Jean-Jacques Rousseau, des textes philosophiques et politiques, des textes autobiographiques et romanesques, sont centrées sur des mots qui ont trait à la lumière — illumination et ténèbres, clarté et ombre, etc. Leur lecture sur une tablette numérique éclaire littéralement le spectateur. Il se voit en effet proposer une tablette où vont s’afficher ces phrases de Rousseau, qui se succèderont à condition qu’il porte le livre numérique à la hauteur de son regard, qu’il lise à haute voix, qu’il marche dans les salles de l’exposition. Comme la lueur de sa page-écran éclaire son visage, on en profite pour capter et transmettre son image de telle sorte qu’à l’entrée de l’exposition, sur une tablette identique mais fixe, on voit et on entend ce performeur improvisé. Ce même dispositif a été précédemment expérimenté dans le temple bouddhiste Daikakuji à Tokyo en juillet 2011 et dans le quartier Saint-Jean de Genève, où les rues sont nommées en hommage à Rousseau, avec des élèves du collège Rousseau en mai 2012.
 

 

 

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