Communiqué

Depuis les années 70, le Département de la Somme et l’Etat ont recherché le meilleur usage possible des milliers de mètres carrés que représente l’Abbaye royale de Saint-Riquier et la meilleure façon de restaurer et d’entretenir ce monument majeur du nord-ouest de l’Europe.

Après de nombreuses péripéties et l’abandon de plusieurs projets, le propriétaire, le Département de la Somme, choisit, en 2010, d’engager une démarche visant à obtenir un label national -celui de Centre Culturel de Rencontre- qui, à l’image de Royaumont, de Fontevraud ou de la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon, encadre la réhabilitation et la valorisation d’un vaste monument.

Le porteur de projet recruté en août 2011, Anne Potié, obtient ce label -le deuxième dans le domaine culturel pour la Somme après celui de la Maison de la Culture d’Amiens- en 2012 (prise en considération) puis en 2014 (plein label), sur la base d’une démarche ambitieuse à la fois culturelle, patrimoniale, éducative, touristique et économique.

En 2013, une association « Centre Culturel de Rencontre de l’Abbaye de Saint-Riquier » est créée, rassemblant de nombreux partenaires : Etat, Région, UPJV, CCI, Communautés de Communes, des donateurs, des bénévoles et le Département, propriétaire du site. Cette structure, obligatoirement autonome, est devenue une entreprise soumise aux impôts économiques.
Cette démarche et l’évolution du Centre Culturel de Rencontre ont été possibles grâce au soutien unanime et sans faille de 2011 jusqu’octobre 2016 de l’ensemble des partenaires et des financeurs, et au premier chef, du Département, en particulier dans le but de transformer l’association en fondation.

En contrepartie des charges transférées, le Département a évalué, a minima fin 2013, les frais d’entretien et de valorisation de sa propriété, ainsi que les crédits du festival et de l’action culturelle à  2 100 000 d’Euros. Par ailleurs, comme la loi l’exige désormais, une convention triennale est signée entre l’Etat, la Région, le Département et l’association (2015-2017) pour garantir le Centre Culturel de Rencontre et lui permettre notamment de parvenir progressivement à augmenter ses ressources propres (productions, services, dons…).

Les travaux de réhabilitation et de mise aux normes du site ont été engagés en 2011 et partiellement exécutés par le propriétaire, ce qui a conduit ultérieurement le Centre Culturel de Rencontre à prendre la maîtrise d’ouvrage, à rechercher des financements, obtenus de l’Etat et de la Région à hauteur de 1 000 000 d’Euros et autofinancés à hauteur de 300 000 Euros. 

Le Département n’a jamais caché à l’association que son soutien était conditionné, à terme, par un retrait relatif du propriétaire et qu’il ne pourrait pas durablement, en raison des charges du monument, rester le principal financeur.

La majorité issue des élections en 2015 confirme son plein soutien à la démarche du Centre Culturel de Rencontre, à sa direction et invite le Conseil d’administration et la directrice générale à accélérer le processus de transformation en fondation, la baisse des ressources départementales et le contexte de la loi NOTRe devant conduire la collectivité à un retrait progressif.

Alors que le Conseil d’administration du Centre Culturel de Rencontre votait à l’unanimité, en octobre 2016, la création, dès janvier 2017, d’une fondation sous égide, le Département décidait alors brutalement, de rompre la convention partenariale et de retirer près d’1 200 000 Euros au Centre Culturel de Rencontre, accélérant ainsi la recherche d’économies et sacrifiant de fait, les priorités territoriales, jusque-là inscrites, de la Picardie Maritime.

Ce coup a entrainé une procédure d’alerte de la part de la direction et du Commissaire aux comptes. Les administrateurs, y compris les représentants du Département, ont réitéré leur soutien à la démarche et à ceux qui la mettaient en œuvre et invité l’exécutif départemental à revoir sa position. 

Parce que seul le Centre Culturel de Rencontre pouvait produire le festival 2017, il y eut restitution tardive et partielle de ses crédits. Cela n’a évidemment pas suffi à empêcher la mise en place d’importantes réductions du budget 2017. 

En effet, la suppression in fine de 708 131 Euros par rapport à 2015, ainsi que la rupture unilatérale de la convention et le refus de confier à l’association la maîtrise d’ouvrage de travaux de mise aux normes et de développement que le propriétaire devait financer à hauteur de 20 %, ont amené le Conseil d’administration et le Préfet -pour sauver au moins la moitié des emplois et tenter de conserver, à terme, le label national, à demander à la directrice générale et à l’équipe de direction -qui n’entendaient plus, dès décembre 2016, poursuivre son travail et son engagement dans de telles conditions- de bien vouloir, avant leur départ, produire le festival 2017, de préparer et de conduire un plan de redressement  portant sur la suppression de 16 emplois salariés, dont la totalité des directeurs, des cadres et de l’ensemble des personnes affectées aux productions culturelles et à la médiation.

Toutes les productions 2018 ont donc été arrêtées et plusieurs manifestations prévues en 2017 ont été supprimées ou fortement réduites.
En ne respectant pas sa propre signature, en ne respectant pas les statuts des Centres Culturels de Rencontre, le Département a cassé une démarche culturelle, touristique et patrimoniale exemplaire : 100 000 visiteurs par an ; 500 artistes, musiciens, auteurs, comédiens, danseurs et chercheurs accueillis chaque année ; 15 500 élèves, collégiens, étudiants accueillis de septembre 2016 à juin 2017 ; 3 millions HT environ de chiffre d’affaires ; 400 000 Euros de recettes propres ; 32 salariés permanents en CDI.

Aussi, nous, membres du Bureau, après le retrait du Rectorat, de l’Université, de nombreux donateurs et bénévoles, décidons de démissionner de nos fonctions de Présidente, de Vice-Président et de Trésorière de l’association Centre Culturel de Rencontre.

Nous faisons confiance à l’Etat et au Préfet en particulier pour rechercher tous les moyens qui permettront à l’association de poursuivre sa mission dès lors qu’elle aura retrouvé la capacité de reconstituer ses forces vives et de recruter un nouveau porteur de projet ainsi que les cadres qui mèneront à bien une nouvelle démarche.

Le temps perdu, le gâchis de ressources humaines patiemment formées, et particulièrement motivées, les subventions de travaux perdues ne se rattrapent guère : souhaitons seulement qu’au moins un nouveau processus soit engagé afin que d’ici trois à quatre ans le rayonnement exceptionnel atteint par l’Abbaye et le Centre Culturel de Rencontre puisse à nouveau faire briller l’un des monuments les plus emblématiques des Hauts-de-France. Et porter, sur le plan touristique comme sur le plan économique, le fragile territoire de la Baie de Somme et de la Picardie maritime afin de donner, à nouveau, au grand public mais aussi aux jeunes et aux publics les plus éloignés de la culture, un lieu de ressources culturelles et éducatives de haut niveau.

Annie Roucoux
Trésorière
 

Evelyne Dorléans
Présidente
 

Nicolas Dumont
Vice-Président