Le dialogue des arts

A l’occasion de sa résidence musicale à l’Abbaye royale de Saint-Riquier, la pianiste grecque Lorenda Ramou nous invite dans les coulisses de la création, avec son récit-récital intitulé, 1652

La texture du récit-récital…

Lorenda ramou orgues abbaye de saint riquier 2018À la suite de notre collaboration pour le récit-récital « Femme disant adieu », Pascal Quignard m’a proposé de composer deux parties musicales pour encadrer son texte intitulé, 1652. Ce texte a été lu par l’auteur à la Haute École de Musique de Genève en 2014, ponctué alors par le Tombeau de Blancrocher, de Johann Jakob Froberger et joué par moi-même au piano. 1652 est composé des extraits de la conférence de l’auteur « Les ruines du Port-Royal », publiée dans le volume Sur une communauté de solitaires (Arléa, 2015).

Le titre se réfère à l’année où Georges de La Tour meurt, où Jacqueline Pascal, sœur de Blaise et de Jacqueline, part au couvent et où le luthier Blancheroche fait une chute fatale dans un escalier, pendant que Paris connait les émeutes de la Fronde. Quelques décennies plus tard, Louis XIV rase Port-Royal des Champs. Pascal Quignard, enfant, a vécu au Havre rasé par les alliés, « dans les ruines d’un port qui avait été entièrement bombardé, puis entièrement incendié ». Il reconstitue ce « rivage désolé, plein de landes et d’épaves » dans les « formes singulières » de ses livres, dans la conception même du Dernier Royaume.

La musique qui précédera et qui conclura 1652 sera élaborée à partir de techniques de réduction sur des œuvres du répertoire, telles qu’elles sont pratiquées par Ann Hidden dans Villa Amalia ; elle continuera le travail du récit-récital « Femme disant adieu », dans lequel je les avais initialement mises en œuvre.

La texture musicale, surtout celle de la partie conclusive, s’inspirera du « rivage en ruines » du Havre pour un discours fragmentaire et elliptique, ainsi que des récits des années 50 liés à la ville; peut-être que des ombres errantes se trouvent encore au dessus des fosses communes du square St. Roch et de la paroisse voisine aux ruines du Port-Royal ? En termes compositionnels, cela peut se traduire en une musique en filigrane, presque imperceptible, qui évoluera parallèlement à celle qui domine l’espace acoustique.

Lorenda Ramou

 

Du texte à la musique, en compagnie de Lorenda Ramou…
 

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